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La "gauche" puritaine et même des athées militants au service de l'Ordre Moral.

Les infirmières du désir.

Dans ses romans, Balzac les nomme "courtisanes".

Dans l'ancien Japon, à la grande époque du quartier réservé "Yoshiwara", on les nommait "Oiran", dont les plus raffinées, musiciennes et femmes de lettres, étaient les "Tayu". Pour soulager les fatigues des marcheurs de la route du Tokaïdo, les auberges proposaient les services des "frotteuses de jambes" ("Ashisasuni onna"), et des "femmes feuilles de lotus" ("Hasuppa onna"). Dans les stations thermales, les masseuses "Yuna" se baignaient avec leurs clients.

Dans la Grèce ancienne, on les nommaient "hétaïres", terme sans connotation méprisante.

Sauf le terme "courtisane", il est bien difficile de trouver en français, des termes ni péjoratifs ni  policiers.

 La gauche puritaine vole au secours de l'Ordre Moral, et met en avant des associations  voulant abolir la prostitution et la pornographie (cf. le bulletin électronique de l'association ATTAC, qui s'associe à cette campagne).  Dans Le Nouvel Observateur du 18 mai, F. Giroud titre son billet: "Ce sont les clients qu'il faut pénaliser", et même emprisonner en cas de récidive ou "rééduquer" comme en Suède.  Dans Libération, P. Bruckner écrit en réaction salutaire: "Ouvrons des bordels pour femmes" (le 20 mai).

Tout celà bien sûr au nom de la "dignité" et des "Droits de l'Homme", terme utilisé de plus en plus pour empêcher de parler ceux qui contestent ce que l'on prétend imposer à ce titre.  Car comment oser s'opposer aux Droits de l'Homme?  Encore une fois, s'étale en une marée visqueuse la bonne conscience de ces religieux qui ne s'avouent pas comme tels, et qui prétendent "dire le Bien" et dénoncer les "forces du Mal" diverses et variées.

 Il faut bien sûr lutter contre l'exploitation esclavagiste dont sont victimes de nombreuses femmes ainsi que des enfants. Mais bien au delà, les fondations pieuses telles que la "Fondation Scelles", visent à imposer à toutes et à tous la conception vaticanesque de la vie sexuelle. Toutes ces "bonnes âmes", qui ont besoin pour jouir d'un crucifix dans le boutin, entretiennent la culpabilité autour du commerce des services sexuels. Comme dans le cas de "la Drogue", c'est la clandestinité imposée qui engendre le crime.

 Si au contraire la relaxation sexuelle était considérée comme un service, au même titre que la coiffure ou la restauration, elle pourrait s'exercer dans de bonnes conditions. Des guides du genre "Gault et Millau" signaleraient les salons les plus accueillants, et la concurrence devrait aboutir à une amélioration globale des services pour des prix raisonnables.  (On se rappelle que "Pariscope" a été condamné pour "proxénétisme"pour cause de publication d'annonces de massages thaïlandais).  La clandestinité encourage l'escroquerie, la médiocrité, le mépris réciproques.

Le Nouvel Observateur est très fier de sa pétition: "Le corps n'est pas une marchandise". Bien sûr, le corps n'est pas une marchandise. Mais ce que vend la masseuse thaïlandaise, ce n'est pas son corps, c'est un service. Ce qu'elle aliène à un client contre rétribution, c'est son temps, comme tout salarié qui vend 35 heures. par semaine (ou plus) de son temps à un patron, voire comme l'épouse qui vend toute sa vie. (N'est-ce pas S. de Beauvoir qui a dit que le mariage était le comble de la prostitution?)

 Comment prétendre que le client méprise nécessairement celle qui lui apporte douceur et réconfort? Il y a bien sûr partout des goujats et, aussi des connasses.  Et ces emboutinés qui discutent avec condescendance de la "misère sexuelle" supposée des clients! Comme si aller au restaurant chinois était une preuve de "misère alimentaire"!  

La "gauche", infâme suppôt du Vatican

La croisade en cours contre la prostitution menée par la "gauche", et ses médias traditionnels dégage un fort parfum d'eau bénite, où auraient trempés, naïveté et hypocrisie.

 On pourrait s'interroger sur la définition de la prostitution. La cocotte entretenue ou le gigolo ? Les hommes et les femmes tournant des films X ? Les "hôtesses" des téléphones ou des sites roses ? Les "webcamés"  24 heures sur 24 ?

 Qu'y a-t-il de commun entre ceux-là et les malheureux hommes ou femmes, adultes et enfants poussés par la violence et le besoin dans les bras de maquereaux tortionnaires ? Rien, sinon, un transfert d'argent entre clients et prostitué(e)s, ce qui devrait inciter nos croisés modernes à un peu de prudence et de discernement, s'ils veulent vraiment s'attaquer à un problème humain réel, sans se faire les complices du retour d'un moralisme qu'on croyait révolu.

Mais, le veulent-ils réellement? On peut en douter, car la mise hors-la-loi de la prostitution est un concept porteur, et en cette époque molle et peureuse qui ne voit son salut que dans les interdictions les plus diverses et la pénalisation tous azimuths, et pour laquelle la hardiesse d'une politique ne se mesure qu'à l'aune du "politiquement correct" et des sondages d'opinion. Ce que Philippe Muray nommait fort justement "l'envie du pénal".

 La Gauche s'est toujours fait un devoir de combattre les fléaux que la Droite porte dans ses flancs, et qui ont pour noms : chômage, affaires de corruption, mensonges, copinage, ...  Des maux même pas écornés sous la longue ère Mitterrand. Mais les "Dieux de Gauche"  ayant toujours soif de plus de "Justice", ils réclament des têtes faciles à couper, car ils sont lâches, et la prostitution est la dernière avant, sans doute, d'appeler au combat contre par exemple la gastronomie visée par les végétariens et autres pleurnichards de la cause animale. Devant un tel programme, oserait-on aventurer que la prohibition de la prostitution se révèlera à coup sûr aussi efficace que celle de "la" drogue ou du jeu?

Est-il vraiment impossible de concevoir un monde qui s'accepte avec ses faiblesses (si tant est que la prostitution en soit une !), ses turpides, et qui les gère au mieux, plutôt que de les recouvrir d'un voile de pruderie de bon aloi et de démagogie moraliste?

Bruno Courcelle et son ami Valmont (Namur).

 Références:  Théo Lesoual'ch, L'érotique du Japon, 1968, J.J. Pauvert, édition augmentée, H. Veyrier, 1978. Un excellent bouquin à chercher chez les soldeurs.

 Réseau Voltaire, note 216 du 1.6.2000: Le lobby français de l'ordre moral contre la reconnaissance internationale du droit à la prostitution.  [Les complices: UNESCO, Fondation Scelles, Mme Jospin, Nicole Fontaine, J.P. Chevènement, P. Chaunu (de la bande à Jérôme LeJeune) et autres réacs, A. Comte-Bidulle et bien d'autres.]

Un exemple.

Le site SOS Sexisme (http://perso.club-internet.fr/sexisme) affiche d'excellentes intentions:

 "Notre action pour les droits des femmes, contre le sexisme s¹articule autour des points suivants : 1 - LIBRE DISPOSITION DE SON CORPS
2 - AUTONOMIE FINANCIèRE
3 - HALTE A LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES
4 - LUTTE CONTRE LA MONTÉE DE L¹ORDRE MORAL (Islamisme, Opus Dei, intégrisme juif orthodoxe)
5 - SOLIDARITE INTERNATIONALE AVEC LES FEMMES VICTIMES du patriarcat, des intégrismes, des conflits armés, de la mondialisation de l¹économie."

Excellent. Mais en lisant les textes de ce site, on trouve un plaidoyer pour la prohibition de la prostitution à la suédoise (avec prison pour les clients!).


Le bon vieux temps :

 

Tarif1915


Madame Gillot combat les prostitués, pas le Sida !

 (Extrait de RESPUBLICA no 52;  http://www.gauche-republicaine.fr.st)

 Le 13 juin à 13h00, des militants d'Act Up-Paris ont interpellé Dominique Gillot, la Secrétaire d'Etat à la Santé et aux Handicapés lors d'un point presse au ministère. Les militants ont exigé de la ministre une position publique concernant le statut des travailleurs et travailleuses du sexe. Mme Gillot s'est alignée sur les positions abolitionnistes et dangereuses du gouvernement. Elle a déclare notamment : « Il n'y a pas de prostitution consentie », « je suis pour la réduction des risques, mais contre une reconnaissance de la prostitution ». A l'instar de plusieurs autres ministres, Mme Gillot s'apprête à exclure un peu plus les prostitué(e)s de l'accès aux droits
sociaux, aux soins, à la prévention du sida.

Jean-Pierre Chevènement, Marie-Georges Buffet, Nicole Pery, Sylviane Agacinsky soutiennent un colloque à l'UNESCO sur la prostitution, intitulé « Le Peuple de l'Abîme »; Martine Aubry s'acharne à l'Assemblée Nationale contre toute forme de prostitution ; 35 personnalités dont François Hollande, Robert Hue, Dominique Voynet signent dans le Nouvel Observateur une charte titrée « Le corps n'est pas une marchandise »;  la CADAC (Coordination des Associations pour le Droit à l'Avortement et à la Contraception)  condamne ensemble mères porteuses et prostitution; les Chiennes de Garde accusent la prostitution de dénaturer l'amour...

 Le mouvement abolitionniste a repris, partout en Europe, ses grandes campagnes de chasse aux sorcières. Pendant ce temps, les travailleurs et travailleuses du sexe, sur lesquel(le)s on prétend débattre, n'ont jamais droit à la parole.  Ils/elles n'ont d'ailleurs droit à rien. En ce qui concerne leurs droits sociaux, ils/elles ne jouissent d'aucune protection sociale et doivent prendre en charge l'intégralité de leurs frais de santé.  Ils/elles n'ont aucune retraite. Ils/elles ne peuvent se marier ni partager un logement, sous peine de tomber sous le coup de la loi contre le proxénétisme. Ils/elles ne peuvent mettre en place des  mutuelles qui leur seraient propres. En leur déniant toute existence sociale, les politiques abolitionnistes cautionnent une répression dont ces personnes sont les premières victimes :  dépendantes du bon vouloir des policiers, elles sont repoussé(e)s vers les quartiers les plus dangereux et contraintes aux conditions de travail les plus insalubres.

Refuser l'esclavage et la prostitution forcée est une évidence, mais à partir du moment où des structures sont mises en place pour aider les prostitué(e)s qui désirent changer d'activité. Et surtout si les moyens apportés à ce combat ne visent pas à décourager les personnes qui veulent vendre des services sexuels, comme c'est le cas aujourd'hui. Les travailleurs du sexe doivent pouvoir revendiquer leur volonté de mener leur activité librement. Or, le débat qui prétend s'ouvrir aujourd'hui les en empêche totalement : il ne laisse la parole qu'à un ensemble d'autorités (sic) intellectuelles et politiques censées vouloir les sortir de « l'abîme » et qui, par la
stigmatisation qu'elles engendrent, ne font que les desservir. Les conditions dans lesquelles travaillent et vivent aujourd'hui les travailleurs et travailleuses du sexe sont inacceptables. Sur cette question, ils/elles doivent être les premier(e)s consulté(e)s. Aucun débat ne pourra avoir lieu si l'on écoute pas ceux et celles pour lesquel(le)s la vente de services sexuels est une réalité, et le
droit à disposer de son corps une évidence.

 Arlindo Constantino / chargé de communication de Act Up-Paris.

Les athées d'Ille et Vilaine aussi!

 Sur leur site http://ativ.free.fr (voir le forum) on trouve les sottises habituelles (en 2000, je n'ai pas regardé depuis).  Que la prostituée "vendrait son corps", que son métier ne serait pas "digne", "la négation de la personne humaine", et le plus gratiné:  "Le "client" est un violeur "  [Pourquoi des guillemets autour de client ?].  "La prostitution est un "viol rémunéré et toléré"."

 Admirez la hauteur de vue de l'argument qui suit:  "Car s'il s'agit d'un plaisir, qui plus est, serait fort rentable pour les prostitué(e)s, que les légalisateurs se prostituent eux-mêmes et prostituent les membres de leur famille !"

"Comme alternative à la légalisation, nous proposons :
1- d'informer sur la vérité de la prostitution;
2- de culpabiliser les clients en les désignant comme des violeurs et à ce titre les punir en premier;
3- de punir sévèrement les adeptes du tourisme sexuel qui lui vise principalement les enfants;
4- de traquer les proxénètes ;
5- et bien sûr prendre en charge la santé physique et morale des prostitué(e)s en leur proposant une véritable réinsertion.

 J'ai cité intégralement la liste des propositions.  L'"information" du point 1 risque d'être inspirée des "valeurs" vaticanes et du poncif de la "dignité".  Le point 2 est typique de la société actuelle qui vise à culpabiliser les gens sur tout:  ce qu'ils font, ce qu'ils ne font pas, ce qu'on fait leurs ancêtres, ce qu'ils mangent, ce qu'ils achètent, leurs distractions, etc...  Et les droits-de-l'hommistes ne sont pas les derniers à fabriquer de la culpabilité, tout comme les confesseurs pour pouvoir vendre des "indulgences".  Le point 5 est également typique: on commence par enfermer dans l'interdit, pour ensuite prendre en charge "moralement", c'est à dire "sauver". Tout sent la sacristie à plein nez.

La photo ennoir et blanc provient du film de C. Dreyer, "Dies Irae", en France :"Jour de colère".